Le loup en Suisse face à la loi : entre protection et régulation

A bird house in a field with trees in the background

Nulle part en Europe la question du loup n’est aussi étroitement liée à la démocratie directe qu’en Suisse. En 2020, les citoyens suisses ont dit non à une révision de la loi sur la chasse qui aurait facilité l’abattage des loups. En 2023, après une nouvelle mouture du texte, le Parlement est passé en force. Cette saga législative illustre à quel point le loup Suisse est devenu un sujet politique à part entière dans la Confédération.

Une protection internationale ancrée depuis 1979

Pour comprendre le cadre actuel, il faut remonter à la protection internationale. La Convention de Berne (1979) et la Directive Habitats de l’Union européenne classent le loup comme espèce strictement protégée. La Suisse, non-membre de l’UE, est signataire de la Convention de Berne. Depuis 1985, le loup bénéficie d’une protection légale sur le territoire helvétique, ce qui n’a pas empêché des abattages officiels jusqu’à la fin des années 1990.

2020 : le peuple suisse dit non à l’abattage préventif

La première grande crise politique autour du loup Suisse surgit en 2020. La révision de la loi sur la chasse proposée par le Conseil fédéral et le Parlement aurait permis de réguler des espèces protégées — dont le loup — avant même qu’elles causent des dommages. Les défenseurs de la nature ont lancé un référendum, et en septembre 2020, le peuple suisse a rejeté le texte à 51,9 %. Un résultat serré qui reflétait une société divisée.

2022-2025 : une nouvelle loi sous pression des cantons alpins

Mais la pression des cantons alpins, où les attaques sur les troupeaux se multipliaient, n’a pas faibli. En décembre 2022, le Parlement adopte une nouvelle version de la loi sur la chasse, plus précise dans ses conditions d’application. Le Conseil fédéral la met en vigueur de manière anticipée dès le 1er décembre 2023 pour une durée limitée, avant l’entrée en vigueur définitive de l’ordonnance le 1er février 2025.

Comment fonctionne concrètement la régulation du loup ?

Le nouveau dispositif est le suivant : entre le 1er septembre et le 31 janvier, les cantons peuvent demander à l’OFEV l’autorisation de procéder à une régulation préventive, c’est-à-dire avant que des dégâts ne soient constatés. Entre le 1er juin et le 31 août, une régulation réactive reste possible après des attaques avérées. Des meutes entières peuvent être éliminées sous conditions strictes. Les loups isolés représentant un danger pour l’être humain peuvent également être abattus.

Une condition sine qua non encadre l’ensemble du dispositif : des mesures de protection des troupeaux doivent avoir été mises en œuvre préalablement à toute demande de tir. L’OFEV reste l’autorité de validation, et plusieurs organisations de protection du loup Suisse — dont CH-Loup et Avenir Loup Lynx Jura — ont saisi les tribunaux pour contester certaines autorisations.

Une loi encore jeune aux effets incertains

Les premières saisons de régulation, en 2023-2024 puis 2024-2025, ont permis d’abattre respectivement 77 et 92 loups. La croissance de la population a été freinée, sans être enrayée. Le rapport de l’OFEV de mai 2025 reconnaît qu’il faudra plusieurs années pour évaluer les effets à long terme.

Le cadre légal suisse cherche un équilibre difficile : respecter les engagements internationaux de protection des espèces tout en répondant aux réalités de l’économie alpestre. Un équilibre que chaque saison vient à nouveau questionner.


Bibliographie

[1] Office fédéral de l’environnement (OFEV). (2025). Régulation de loups 2023–2025. Rapport officiel. Berne. Disponible sur : www.bafu.admin.ch
[2] Swissinfo. (2024, 14 décembre). La loi révisée sur la chasse entre en vigueur le 1er février. Disponible sur : www.swissinfo.ch
[3] Confédération suisse. (2022, 28 septembre). Régulation de meutes de loups : communiqué de l’OFEV. Disponible sur : www.admin.ch
[4] Protection Suisse des Animaux (PSA). (2025). Le loup en Suisse : position de la PSA. Disponible sur : tierschutz.com
[5] 24 Heures. (2025, 27 mai). La progression rapide du loup a ralenti en Suisse. Disponible sur : www.24heures.ch
[6] Convention de Berne. (1979). Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Conseil de l’Europe, Strasbourg.
[7] RTS Info. (2026, 8 janvier). Régulation du loup en Suisse : gros plan sur un débat qui déchaîne les passions. Disponible sur : www.rts.ch

Loups et éleveurs en Suisse : une cohabitation sous tension

white wolf between trees

Chaque automne, quand les troupeaux redescendent des alpages, la question du loup revient avec eux. En Suisse, la cohabitation entre le grand prédateur et l’agriculture de montagne est l’un des sujets les plus chargés émotionnellement du débat environnemental. D’un côté, des éleveurs qui vivent avec la menace permanente d’une attaque. De l’autre, un cadre légal qui tente, non sans difficulté, de concilier protection de l’espèce et réalités rurales.

318 attaques en Valais : une pression réelle sur les éleveurs

Les chiffres illustrent la pression. En Valais, en 2025, les 12 meutes présentes ont provoqué plus de 318 attaques sur des animaux de rente — 191 dans le Haut-Valais, 127 en Valais romand. Des centaines de brebis, de chèvres et de bovins tués ou blessés chaque saison. Pour les familles d’éleveurs, ce ne sont pas des statistiques abstraites : c’est le fruit du travail d’une année, parfois d’une vie.

Une réponse législative longtemps attendue

La réponse politique a longtemps tardé. Après deux tentatives législatives avortées — dont un projet refusé en votation populaire en septembre 2020 — le Parlement suisse a finalement adopté une révision de la loi sur la chasse en décembre 2022. Entrée en vigueur de manière anticipée le 1er décembre 2023, puis sous sa forme définitive le 1er février 2025, cette loi autorise désormais une régulation préventive du loup Suisse entre le 1er septembre et le 31 janvier.

89 loups abattus : comment fonctionne la régulation ?

Concrètement, les cantons peuvent demander à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) l’autorisation d’abattre des loups — y compris à titre préventif, avant qu’une attaque n’ait eu lieu — à condition qu’un risque pour les animaux de rente soit avéré et que des mesures de protection des troupeaux aient été mises en place. Des meutes entières peuvent être éliminées, sous réserve que cela ne mette pas en péril la survie de l’espèce dans la région.

Durant la saison de régulation 2025-2026, 89 loups ont été abattus dans huit cantons. Les Grisons, qui abritent la plus grande population lupine du pays avec environ 130 individus, ont procédé à 35 abattages. Le Valais suit avec 24 tirs autorisés. Vaud, le Tessin, Glaris, Schwyz, Neuchâtel et Saint-Gall complètent la liste.

La régulation ne suffit pas : le paradoxe des chiffres

Paradoxalement, les premiers résultats de la régulation montrent que, malgré les tirs, la population de loups en Suisse continue de croître. La fondation KORA, chargée du monitoring, estime qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Si la croissance exponentielle semble freinée, les effectifs n’ont pas diminué. Le rapport de l’OFEV de mai 2025 note que la protection des troupeaux reste le levier le plus efficace pour réduire les dommages.

La protection des troupeaux : un chantier à mi-chemin

C’est là le nœud du problème. Adapter des décennies de pratiques pastorales — élevage extensif, alpages sans surveillance nocturne — demande du temps, des investissements et un accompagnement de proximité. La Confédération finance jusqu’à 50 % des mesures de protection, mais ce taux a récemment été revu à la baisse dans le cadre d’économies budgétaires. Un signal qui inquiète les éleveurs et les organisations de protection animale.

La cohabitation entre le loup Suisse et le monde agricole est possible. Les cantons alpins qui vivent avec le prédateur depuis plus de dix ans le prouvent. Mais elle exige des moyens, de la cohérence et une volonté politique durable. En Suisse, ce chantier n’est qu’à mi-chemin.


Bibliographie

[1] Office fédéral de l’environnement (OFEV). (2025, 27 mai). Régulation de la croissance rapide de la population de loups : rapport 2023–2025. Berne. Disponible sur : www.bafu.admin.ch
[2] RTS Info. (2026, 3 février). 89 loups abattus dans 8 cantons en Suisse en 2025-2026. Disponible sur : www.rts.ch
[3] La Liberté. (2024, 13 décembre). La loi révisée sur la chasse entre en vigueur le 1er février. Disponible sur : www.laliberte.ch
[4] Blick. (2026, 3 février). Le Valais est l’un des cantons à avoir le plus abattu de loups. Disponible sur : www.blick.ch
[5] Union suisse des paysans (USP). (2025). Le loup en Suisse, ou quand la protection des troupeaux devient un problème. Disponible sur : www.sbv-usp.ch
[6] Protection Suisse des Animaux (PSA). (2025). Le loup en Suisse : position de la PSA. Disponible sur : tierschutz.com
[7] OFEV. (2026). Protection des troupeaux. Disponible sur : www.bafu.admin.ch

Le loup en Suisse en 2025 : portrait d’une population

a group of wolfs sitting on a rock in the woods

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, la Suisse a recensé 43 meutes de loups, soit quatre de plus qu’en 2024. Au total, environ 350 individus — louveteaux compris — vivent sur le territoire helvétique ou le fréquentent régulièrement. C’est ce que révèle le rapport annuel de la fondation KORA, publié en juin 2026. Une progression spectaculaire pour un animal qui avait totalement disparu du pays au début du XXe siècle.

Des chiffres records

Sur ces 43 meutes, 30 vivent exclusivement en Suisse, tandis que 10 autres sont transfrontalières, partagées avec la France ou l’Italie. Les autres meutes supplémentaires ont un statut incertain, car les preuves recueillies en 2025 ne permettant pas d’en dresser un portrait complet. Pour finir, au moins 155 louveteaux sont nés en 2025, témoignant d’une reproduction active et soutenue sur l’ensemble du territoire.

Du Valais au Jura : une répartition géographique inédite

La répartition géographique du loup Suisse s’est considérablement élargie. Historiquement concentré dans les Alpes orientales — Grisons et Valais en tête — le loup gagne désormais les Préalpes, le Jura et la Suisse centrale. Au début de 2026, neuf cantons hébergeaient au moins une meute : les Grisons (qui reste de loin le canton le plus peuplé en loups, avec une centaine d’individus), le Valais, Vaud, le Tessin, Glaris, Schwyz, Neuchâtel, Saint-Gall et Obwald, ce dernier accueillant pour la première fois une meute avec la meute de Klein-Melchtal.

Dans le canton de Neuchâtel, la meute de la Vallée de la Brévine est la sixième à voir le jour dans la région du Jura. Cette expansion vers l’ouest et le nord confirme que le loup Suisse a largement dépassé ses zones de recolonisation initiales et qu’il est désormais un habitant permanent de l’arc alpin helvétique.

Une diversité génétique qui s’enrichit

La diversité génétique de la population se renforce également. Si la majorité des loups suisses descend de la population alpine italienne, des individus issus d’Europe centrale — Allemagne, Pologne — sont de plus en plus fréquemment détectés. En 2025, six loups d’origine centre-européenne ont été identifiés, dont une femelle pour la première fois, ce qui augure d’une potentielle diversification des lignées génétiques à moyen terme.

Moins d’attaques là où la cohabitation s’organise

Malgré la croissance des effectifs du loup Suisse, une donnée surprend : les dommages aux animaux de rente ont diminué dans les cantons où le prédateur est présent depuis plusieurs années. Dans les Grisons et en Valais, les attaques sur les troupeaux n’ont jamais été aussi basses depuis cinq ans, selon le Groupe Loup Suisse. L’explication tient à la fois à l’expérience accumulée par les éleveurs et à la mise en place progressive de mesures de protection efficaces.

Un équilibre fragile, mais une voie possible

La Suisse de 2025 est donc celle d’un loup bien installé, qui continue de progresser, mais dont l’impact, là où la cohabitation a eu le temps de s’organiser, tend à se stabiliser. On est sur un équilibre encore fragile, mais qui trace une voie possible pour les années à venir.


Bibliographie

[1] Fondation KORA. (2026). Rapport annuel sur la population de loups en Suisse 2025. Disponible sur : www.kora.ch
[2] RTS Info. (2026, 8 juin). En dépit de la régulation, la Suisse recense désormais 43 meutes de loups. Disponible sur : www.rts.ch
[3] 20 Minutes. (2025, 30 décembre). La population de loups continue de croître en Suisse : 40 meutes recensées en 2025. Disponible sur : www.20min.ch
[4] Groupe Loup Suisse (GLS). (2026). Répartition actuelle du loup en Suisse. Disponible sur : www.gruppe-wolf.ch
[5] Office fédéral de l’environnement (OFEV). (2025). Régulation de loups 2023–2025 : rapport officiel. Berne.
[6] Canton de Vaud, Service de la faune. (2026). Population vaudoise de loups et suivi. Disponible sur : www.vd.ch