Quel avenir pour le loup en Suisse ?

350 loups, 43 meutes, 9 cantons : les chiffres de 2025 montrent un animal solidement réinstallé dans le paysage helvétique. Mais au-delà des statistiques, une question s’impose : quel avenir la Suisse veut-elle construire avec le loup Suisse ? Et à quelles conditions cette cohabitation peut-elle devenir durable ?

Moins d’attaques malgré plus de loups : la preuve que ça marche

La bonne nouvelle, c’est que des réponses existent déjà. Dans les cantons alpins qui cohabitent avec le loup depuis plus d’une décennie — Grisons, Valais, Tessin — une réalité surprenante commence à émerger : les dommages aux animaux de rente ont baissé. Selon le Groupe Loup Suisse, les attaques sur les troupeaux n’ont jamais été aussi basses depuis cinq ans dans ces cantons, alors même que le nombre de meutes a quadruplé. Les loups suisses, dit-on, sont devenus plus discrets, et les éleveurs ont appris à se protéger.

Chiens de protection, clôtures, bergers : les outils qui font la différence

Ce constat repose sur une combinaison de mesures dont l’efficacité est désormais documentée. Les chiens de protection des troupeaux — patous, bergers d’Anatolie ou bergers de Bosnie — constituent la première ligne de défense contre le loup Suisse. Bien formés, en nombre suffisant, ils dissuadent l’immense majorité des attaques. Les parcs de nuit avec clôtures électrifiées, la présence de bergers et les effaroucheurs acoustiques complètent l’arsenal.

La science comme boussole : le rôle clé de la fondation KORA

La fondation KORA, mandatée par la Confédération pour le suivi scientifique des grands carnivores, joue un rôle essentiel dans la collecte des données et l’évaluation des mesures. Elle vient de lancer, en 2025, un projet de recherche national sur les conséquences de la régulation des loups, ce qui est un chantier indispensable pour guider les décisions futures sur une base scientifique solide plutôt qu’émotionnelle.

Un autre enjeu crucial est la formation des acteurs de terrain. Les gardes-chasse, les bergers, les agents cantonaux : tous doivent être mieux équipés pour identifier le comportement des meutes, distinguer les individus problématiques des autres, et intervenir de manière ciblée. La régulation préventive prévue par la loi n’a de sens que si elle est appliquée avec discernement.

Génétique et corridors faunistiques : penser le loup à long terme

La question génétique mérite aussi attention. La Suisse accueille aujourd’hui des loups issus de trois populations distinctes : alpine, centre-européenne et balkanique. Cette diversité est un atout pour la santé à long terme de l’espèce. La Confédération a d’ailleurs intégré dans la loi révisée la création d’un inventaire national des corridors faunistiques, car ce sont des passages qui permettent au loup Suisse et aux autres espèces de se déplacer librement entre les massifs montagneux.

La société civile, dernier maillon d’une cohabitation apaisée

Enfin, l’avenir du loup en Suisse dépend aussi de la société civile. Des initiatives locales émergent, qui réunissent éleveurs, biologistes, randonneurs et élus autour de solutions concrètes. Ces espaces de dialogue, rares mais réels, montrent qu’une cohabitation apaisée n’est pas utopique — à condition d’y consacrer du temps, des moyens et de la bonne volonté.

Le loup Suisse est revenu il y a trente ans. Il n’est pas près de repartir. La question n’est plus de savoir si l’on veut vivre avec lui, mais comment construire ensemble cette cohabitation pour les humains, pour les troupeaux, et pour lui.


Bibliographie

[1] Fondation KORA. (2026). Rapport annuel sur la population de loups en Suisse 2025. Disponible sur : www.kora.ch
[2] Groupe Loup Suisse (GLS). (2025, 30 décembre). La population de loups continue de croître en Suisse. Disponible sur : www.gruppe-wolf.ch
[3] Pro Natura. (2025). 30 ans de présence du loup en Suisse : accepter la coexistence. Disponible sur : www.pronatura.ch
[4] Office fédéral de l’environnement (OFEV). (2025, 27 mai). La croissance rapide de la population de loups a été freinée. Berne. Disponible sur : www.bafu.admin.ch
[5] 24 Heures. (2026, 3 février). Loup : les tirs préventifs freinent la population en Suisse. Disponible sur : www.24heures.ch
[6] La Liberté. (2024, 13 décembre). La loi révisée sur la chasse entre en vigueur le 1er février. Disponible sur : www.laliberte.ch
[7] Gehring, T. M., VerCauteren, K. C. & Landry, J. M. (2010). Livestock protection dogs in the 21st century. BioScience, 60(4), 299–308.

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