Le retour du loup en Suisse : une histoire de trente ans

Il y a trente ans, personne ou presque n’y croyait vraiment. Et pourtant : le 2 octobre 1994, des animaux de rente retrouvés morts dans le val Ferret, en Bas-Valais, portaient les premières traces du retour du loup Suisse, plus d’un siècle après son extermination. L’année suivante, en septembre 1995, des excréments analysés génétiquement dans le val d’Entremont confirmèrent définitivement la présence de mâles issus de la population italienne. Le loup était de retour.

Une recolonisation naturelle venue d’Italie

Cette recolonisation n’est pas le fruit d’une réintroduction planifiée — comme ce fut le cas à Yellowstone aux États-Unis — mais d’une migration naturelle. Protégé en Italie depuis 1973, alors qu’il n’y restait plus qu’une centaine d’individus dans l’Apennin central, le loup avait progressivement reconstruit ses effectifs. Dans les années 1980, il atteignit les Alpes du Sud-Ouest, puis remonta vers le nord. La Suisse n’était qu’une étape logique dans cette expansion.

Des individus isolés pendant vingt ans

Pendant près de vingt ans, seuls des individus isolés ou quelques couples furent observés en territoire helvétique. Il fallut attendre 2012 pour qu’une première meute se constitue, dans le massif du Calanda, à cheval sur les cantons des Grisons et de Saint-Gall. Ce fut un tournant. Depuis lors, la progression du loup Suisse n’a plus cessé.

Une explosion démographique sans précédent

En 2019, on dénombrait environ 80 loups et huit meutes. Fin 2022, la Suisse comptait déjà 18 meutes suisses et huit meutes transfrontalières, pour une population totale de 240 loups. En 2025, selon la fondation KORA — spécialisée dans l’écologie des carnivores et la gestion de la faune sauvage — 43 meutes étaient recensées dans tout le pays, pour un total d’environ 350 individus, dont au moins 155 louveteaux nés dans l’année.

Un territoire en constante expansion

Cette expansion géographique du loup Suisse est remarquable. Au début de l’année 2026, au moins une meute avait été recensée dans neuf cantons : les Grisons, le Valais, Vaud, le Tessin, Glaris, Schwyz, Neuchâtel, Saint-Gall et Obwald. Une nouvelle meute s’est même formée pour la première fois dans le canton d’Obwald — signe que le loup continue de coloniser des territoires jusqu’ici inexplorés.

Une diversité génétique qui s’élargit

La grande majorité des individus identifiés génétiquement provient de la population alpine, qui s’étend de l’Italie à l’Autriche en passant par la France. Mais la diversité génétique du loup Suisse s’élargit. En avril 2025, une louve retrouvée braconnée dans le canton de Berne s’est révélée être la première femelle issue de la population d’Europe centrale — comprenant l’Allemagne et la Pologne — détectée en Suisse. Au total, six loups suisses sont désormais rattachés à cette population.

Trente ans de retour : un défi pour la génération suivante

Trente ans après les premières traces dans le val Ferret, le bilan est sans appel : le loup Suisse est redevenu une réalité helvétique. Une réalité complexe, débattue et passionnelle. L’histoire de ce retour est celle d’un animal qui a repris sa place dans un paysage qui avait appris à se passer de lui. Apprendre à vivre ensemble, c’est désormais le défi de la génération suivante.


Bibliographie

[1] Groupe Loup Suisse (GLS). (2024). Depuis 30 ans, il y a à nouveau des loups en Suisse. Disponible sur : www.gruppe-wolf.ch
[2] Fondation KORA. (2026). Rapport annuel sur la population de loups en Suisse 2025. Disponible sur : www.kora.ch
[3] Pro Natura. (2025). 30 ans de présence du loup en Suisse : accepter la coexistence. Disponible sur : www.pronatura.ch
[4] Club Alpin Suisse (CAS). Retour du loup dans les Alpes suisses : un accueil mitigé. Disponible sur : www.sac-cas.ch
[5] RTS Info. (2026, 8 juin). En dépit de la régulation, la Suisse recense désormais 43 meutes de loups. Disponible sur : www.rts.ch
[6] Groupe Loup Suisse. Histoire du retour du loup en Suisse. Disponible sur : www.gruppe-wolf.ch

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